Amélioration de la maîtrise de la prosodie du néerlandais L2 par un entrainement musical régulier chez des adultes francophones en formation initiale des enseignants.

Nous sommes guidés par la conviction qu’une bonne maîtrise du système phonétique et de la prosodie d’une langue étrangère aide fortement à la compréhension orale de cette langue et à la possibilité d’entrer en contact et d’interagir avec des native speakers. (Ce qui n’exclut bien sûr pas l’importance d’une bonne maîtrise du vocabulaire et de la grammaire et syntaxe de la langue).

Voici une série d'activités basées sur la pratique rythmique  et le lien avec les contenus des cours de néerlandais (L2) , afin de mieux comprendre l'incidence de ces pratiques dans l'amélioration de la prosodie du néerlandais chez des futurs enseignants de section primaire.

Ce projet s'inscrit dans la formation des instituteurs primaires bilingues de la HEFF proposé en collaboration avec la Erasmushogeschool Brussel.

Vidéo : Introduction à la pulsation
  1. En cercle, respirer ensemble. Trouver lentement un rythme commun.Inspirer par le nez et expirer par la bouche.

  2. En ronde, former un cercle et se balancer de droite à gauche. Chacun le fera a son rythme. Continuer jusqu’au moment où le groupe trouve une vitesse du balancement commune et synchronisée de manière spontanée. Si possible, respirer à ce rythme-ci. Attirer l’attention sur le poids du corps

  3. Se prendre par les mains y relancer le balancement. Essayer de ne pas accélérer. Surveiller la posture du corps. Se maintenir bien droit. Attirer l’attention sur le poids du corps et du corps du voisin(e).

  4. Compter quatre mouvements à voix haute et s’arrêter afin de compter 1-2-3-4 dans la tête. Répéter plusieurs fois.

  5. Faire pareil mais compter 1-2-3

  6. Faire pareil mais compter 1-2

  7. Sans passer par le comptage dans la tête, on pourra alterner et passer de à et/ou vers

  8. On fera en comptant à voix haute et puis dans la tête.

  9. Refaire la séquence le temps nécessaire pour que le groupe d’approprie un tempo commun et bien synchronisé.

Vidéos : Pulsation et déplacements

Pulsation dans l’espace

  • Lâcher ses mains et marcher librement dans l’espace, il faut le « remplir ». Ne pas laisser des espaces vides. Rappeler ceci constamment. Eviter de marcher en cercle.

  • Marcher vers l’avant et vers l’arrière

  • Avec un tambour l’enseignant va mettre en évidence une pulsation.

  • Inviter les et à marcher dans le rythme du tambour.

  • Si le tambour s’arrête les étud aussi. L’enseignant dit « hop » quand il s’arrête et quand il relance le tambour avec la pulsation. Faire plusieurs fois.

 

  • Si le tambour s’arrête,

  • On ajoute un nombre précis de pulsations à .(On peut compter à voix haute et puis seulement dans la tête)

  • On . Avec pulsation au tambourin avec musique enregistrée.

  • On , par exemple : marcher 4 pp vers l’avant et 4 vers l’arrière, puis on frappe avec les mains sur le 1 seulement, puis le 1 et 2 puis le 1-2-3 et puis sur le 1-2-3-4.

  • On enchaine avec le chemin inverse : on frappe sur 1-2-3-4, puis 1-2-3 puis 1-2 puis 1 et puis rien, seulement la marche.

Vidéo: Pulsation et mots bisyllabiques inventés

  1. Travail vocal

  2. Création polyrythmique avec l’enseignant sur base des mots non existants de deux, trois et quatre syllabes sur base d’une pulsation donnée.

  3. En cercle chacun propose des mots de quatre syllabes. Faire un tour. Sans pulsation et puis deuxième tour avec pulsation.

  4. En cercle chacun propose des mots de trois syllabes. Faire un tour. Sans pulsation et puis deuxième tour avec pulsation.

  5. En cercle chacun propose des mots de deux syllabes. Faire un tour. Sans pulsation et puis deuxième tour avec pulsation.

  6. En cercle chacun propose des mots d’une syllabe. Faire un tour. Sans pulsation et puis deuxième tour avec pulsation.

  7. Qu’est-ce qui se passe ? Quel est le rapport à la pulsation?

  8. Et si on changeait l’accent pour un mot du même nombre de syllabes ?

  9. On commence avec les mots de deux syllabes :

  10. Faire un tour avec des mots inventés sur les structures Oo et puis oO

  11. Tour de parole pour établir le rapport à la pulsation.

  12. Faire pareil avec les mots de trois et si temps de 4 syllabes.

  13. Prolongation: imaginer une mini séquence avec superposition des mots inventés avec les structures que on aura eu le temps de voir et pulsation dans les pieds ou en deux groupes ( un groupe pour la pulsation et l’autre pour les mots superposés.

Vidéo: découverte schémas d’accentuation

Jeux d’identification

  1. Écouter des mots et ils doivent montrer le support/image du schéma d’accentuation correct.

  2. Écouter le mot et aller vers un espace préétablit

  3. Remplacer les mots par des ensembles de syllabes (sa-sa-sa) en suivant un schéma d’accentuation.

  4. Faire pareil sur base des mots dits par l’enseignante ou enregistrés

  5. Ajouter progressivement d’abord deux syllabes puis trois et puis mélangés.

  6. Une fois avec sa-sa et une fois avec des mots.

Vidéos : séries de mots avec pulsation et gestes
  1. Ecrire environ 10 mots connus dans un thème, ex: sports.Basketball, handball, tennis, football, badminton, squash, golf, tennis…

  2. Les segmenter en syllabes et identifier combien de syllabes il y a pour chaque mot

Par exemple

Basketball=3

Handball=2

Golf=1

  1. Jouer avec les mots sur base d’une pulsation et puis en jouant sur des formules des syllabes 

Par exemple

2-3-1= handball-basketball- golf

3-2-1= -basketball- handball - s golf

1-2-3= golf handball basketball

Production

  1. Images à montrer et puis à produire en musique

  2. Donner une forme musicale aux mots

  3. Les enchaîner avec une pulsation de base

  4. Les mettre en mouvement par le déplacement.

  5. Les dire en mettant en évidence les accents avec le corps (mains, pieds, poitrine…) et plus tard avec des instruments de percussion.

  6. Les combiner, toujours sur base d’une pulsation et une mesure de 4/4

4/4 spaghetti- pannenkoek -aarbeid

4/4 spaghetti- pannenkoek -aarbeid

4/4 pannenkoek -aarbeid pannenkoek -aarbeid

4/4 pannenkoek – spaghetti- aarbeid

Vidéo : Chœur parlé

Découverte et pratique du chœur parlé : vêtements saisons de l’année ( voir partition )

Apprentissage par la pratique collective de la séquence sur base des images, l’audition et l’imitation.

  1. Les enseignants montrent les images ainsi que les propositions d’enchainements des mots sur base de rythmes figurant dans le document en annexe.

  2. Les étudiants les répètent jusqu’à l’acquisition des différentes parties.

  3. Le travail de compréhension et d’acquisition est éminemment réalisé sur base de supports images et l’audition.

  4. Le référentiel écrit est montré plus tard.

Elements théoriques: prosodie de langues et musique

La prosodie est communément appelée la mélodie de langues. Diverses définitions évoquent les dimensions métrique et d’intonation des langues. La prosodie est ainsi « le champ d’étude d’un ensemble de phénomènes, tels que l’accent, le rythme, les tons, l’intonation, les pauses et le tempo […] du langage » (Cristo, 2013, p. 2). Pour d’autres auteurs, la prosodie évoque un ensemble complexe qui repose sur trois sous-systèmes : l’intonation, l’accentuation et le phrasé. (D'Imperio, Dittinger, & Besson, 2016)

En linguistique le terme ton est synonyme de mélodie, de hauteur. On utilise le terme de tonème ou d’unité mélodique pour exprimer le fait que pour une même syllabe, on appliquera des tons (hauteurs) différents et spécifiques. Ceci aura comme effet, une signification différente pour le mot qui contient la syllabe en question. C’est le cas des langues tonales, comme par exemple le chinois mandarin et d’autres langues asiatiques. Dans le cas des langues non tonales comme l’anglais, le français ou l’espagnol, le ton joue un rôle différent, il ne détermine pas la signification du mot, mais il est toujours en lien avec la hauteur. On parlera des intonations montantes, descendantes ou circonflexes, parmi d’autres. Ces changements d’intonations pourront par exemple, déterminer les contrastes entre une question et une assertion, ou mener l’attention sur une information précise dans une phrase.

La notion d’accent peut être abordée de manière plus générale et en relation avec une langue, c’est « le système accentuel d’une langue ». En phonétique l’accent est le relief ou la « prépondérance sonore donnée par le locuteur à un segment de la chaîne parlée » (Meyer, 2011, p. 34), il s’agit de l’accent aussi nommé lexical ou tonique. Par l’étude du rythme d’une langue, on entend l’étude de l’accent mis sur une unité en particulier, par exemple une syllabe, on parle alors de « l’accent de l’unité de la chaîne linguistique » (Cristo, 2013, p. 5)

Concernant la notion de rythme, elle est étroitement liée à celle d’accentuation. Le rythme linguistique est l’alternance des temps forts et des temps faibles qui sont associés à des syllabes accentuées ou inaccentuées, respectivement. La métrique elle, est l’étude des structures propres au regroupements des rythmes ou des schémas d’accentuation. En lien avec l’organisation rythmique des langues, en linguistique on parle également de deux grandes familles appartenant ou bien à l’ « isochronie syllabique » ou bien à l’ « isochronie accentuelle ». L’isochronie syllabique est celle de langues ou les syllabes ont une durée régulière au sein d’un mot ou d’une phrase (par exemple, français, espagnol ou italien). L’isochronie accentuelle est typique des langues comme l’anglais et d’autres langues germaniques et elle se caractérise par une accentuation ou proéminences accentuelles qui se produisent à des intervalles réguliers entre les syllabes accentuées. Cependant, ces classifications ne font pas l’unanimité chez les spécialistes. (Cristo, 2013, p. 13).

A propos du phrasé, il est défini par D’Imperio comme la « structuration en constituants de nature prosodique dont les frontières sont signalés par une rupture rythmique et/ou intonative » (D'Imperio, Dittinger, & Besson, 2016, p. 134). Ainsi, on parlera des pauses ou des prolongations au niveau rythmique et/ou mélodique. Ceci constituera une sorte de ponctuation qui aura un impact au niveau pragmatique et/ou syntaxique d’une phrase. Par exemple, « notre chien est mort naturellement » (de causes naturelles) « notre chien est mort, naturellement » (on s’y attendait).

Notons que la fonction de la prosodie est fondamentale pour le sens, la signification ou l’intention des paroles et de phrases. Ceci s’explique car sans prosodie, les mots s’enchaineraient sans donner aux auditeurs les informations sonores suffisantes d’une part, pour les distinguer les unes des autres et d’autre part, pour extraire les données psycholinguistiques des mots et des phrases exprimés par le locuteur. La sensibilisation à la prosodie commence dès la vie intra-utérine. Dans les années 80’ De Casper (Université de Caroline du Sud) et Fifer de (Université de Columbia) ont enregistré des mères lisant une histoire à voix haute. Des nouveau-nés pouvaient mettre l’enregistrement en route en tétant une sucette. Les résultats ont montré qu’ils tétaient plus souvent lorsque cela activait la voix de la mère. (Deutsch, 2011, p. 67). D’après Deutsch, d’autres études montrent également que les bébés sont capables de reconnaître leur langue maternelle (celle de la mère) parmi d’autre langues.

A propos de la musique, la prosodie et l’apprentissage des langues, les études menés par Patrick Wong et Nina Krauss (Université de Northwestern) ont exposé des locuteurs anglais à des sons du langage mandarin qui est une langue tonale où les variations d’hauteurs jouent un rôle fondamental pour la diversité de sens pour un même mot. Les  IRM ont montré une activité plus forte chez les participants  ayant reçu une éducation musicale que ceux qui n’avaient pas d’éducation musicale. (Deutsch, 2011, p. 68) Ainsi,  le fait de pratiquer la musique pourrait entrainer un avantage dans l’acquisition de la prosodie d’une nouvelle langue.

Des études montrent que les intonations qui expriment des émotions (tristesse, colère, dégout…) sont plus précisément identifiés par les musiciens ( Lima et Castro 2011, cité par D’Império 2016).

La prosodie est une dimension complexe des langues. Elle  ne se réduit pas à un ensemble de règles que l’on peut généraliser à un ensemble de langues ou au sein d’une langue en particulier. Le contexte, la vitesse de la parole ou les émotions du locuteur, peuvent jouer un rôle dans les chaines prosodiques. (D'Imperio, Dittinger, & Besson, 2016). Elle est en lien avec la musique par ces dimensions rythmiques, mélodiques ou du phrasé que l’on retrouve également dans la syntaxe musicale.

 

 

 

Références

Cristo, A. D. (2013). La prosodie de la parole. Bruxelles: De Boeck.

Deutsch, D. (2011). La musique des mots. Le Cerveau Mélomane, 64-70.

D'Imperio, M., Dittinger, E., & Besson, M. (2016). Prosodie et intonaion: notions de base et dnnées neuro-psycholinguistiques. Dans S. Pinto, & M. Sato, Traité de neurolinguistiqiue (pp. 134-142). Louvain la Nauve: Deboeck supérieur.

Meyer, J. (2011). Accents et discriminations : entre variation linguistique et marqueurs identitaires. Cahiers internationaux de sociolinguistique, 1(1), 33-51.

 

Technique d’observation non agressive de l’activité cérébrale : Image par Résonance Magnétique

HEFF section pédagogique. Blv Lemonnier 110-1000 Bruxelles /  Entrée: Place Rouppe,28-1000 Bruxelles

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